Prendre soin des soignants grâce à la réflexologie plantaire : l’interview du Dr Virginie Guastella, chef de service de l’unité de soins palliatifs au CHU de Clermont- Ferrand.

Depuis 3 ans, des séances de réflexologie plantaire sont proposées aux soignants de l’équipe mobile de soins palliatifs du CHU de Clermont-Ferrand. Pourquoi avoir initié ce projet ?

En unité de soins palliatifs, les soignants sont confrontés aux corps malades, notamment aux modifications corporelles imposées par une maladie grave et évolutive. Ils soutiennent quotidiennement des hommes et des femmes qui vivent des tragédies. Ils sont au cœur de tensions qu’ils doivent contenir et accompagner.
Au total, la charge émotionnelle du soignant en unité de soins palliatifs est lourde. Notre prise en soin des patients repose sur une dynamique empathique dont les limites ne sont pas clairement définies et qui rendent les soignants vulnérables tout simplement car la relation de soin se « joue » entre deux êtres humains à part entière. Ainsi, il est essentiel de prendre soin aussi des soignants qui le font si bien des autres au quotidien.
Mais nous soignants, pensons-nous à prendre soin de nous-mêmes ?

En quoi ce projet est-il innovant ?

Ce projet est innovant en ce qu’il répond à une problématique socio-professionnelle essentielle : la nécessité de sauvegarder la richesse humaine au service du malade.
Il existe des groupes d’analyse des pratiques dont la vocation est déjà de se préoccuper du groupe et de son bon fonctionnement en mettant à jour les pratiques professionnelles nécessitant une relecture collective ; en mutualisant et développant les savoirs, savoir-faire et savoir-être de l’équipe ; en développant la coopération et renforçant la cohérence des pratiques au sein de l’équipe ; en apprenant et développant des stratégies collectives de réflexion et de créativité et en s’accordant sur un sens commun aux actions mises en œuvre.
Mais par ailleurs, l’Hôpital constate aujourd’hui un taux d’absentéisme croissant et excessif, sans toutefois en rechercher les causes. Les combinaisons des impératifs d’efficience et de la non-reconnaissance des compétences individuelles fait le lit des risques psychosociaux et du « burn out », pour ne pas le citer.
En regard des groupes d’analyse des pratiques existants, il nous faut créer un autre temps, plus centré sur le soutien de l’individu : le Care du soignant.
C’est la réflexologie plantaire qui a été retenue.

Quel est l’impact de la réflexologie plantaire sur les équipes soignantes ?

La réflexologie plantaire est un massage complet des pieds qui a pour but de libérer les tensions nerveuses accumulées dans la voûte plantaire. La libération de tensions nerveuses permet à la personne d’entrer dans un état de relaxation profonde, de ce fait la détente physique et mentale s’installent et laissent place aux différentes émotions.
Les séances sont individuelles. Un réel moment d’intimité et de bien-être est proposé. L’environnement est favorable à la détente (musique et lumière douce, diffusion d’huiles essentielles). La réflexologue, Madame Nelly Jamon, est également une oreille attentive et une relation d’aide se met en place. Elle possède un avantage supplémentaire, celui d’être infirmière de métier avec actuellement un rôle d’infirmière coordonnatrice. Elle connaît donc très bien le métier de soignant et ce à quoi il est exposé.

©Marie Tremoulet

Au final, il s’agit d’offrir une pause aux soignants, en leur permettant de prendre soin d’eux, le temps d’un massage. Le bénéfice ressenti n’est pas uniquement le temps du massage. En effet, le relâchement des tensions nerveuses va s’installer dans la durée, surtout si la personne renouvelle régulièrement le soin.
La démarche proposée de prendre soin des soignants à titre individuel est une reconnaissance personnelle de chaque soignant qui s’inscrit dans un respect de la personne à part entière. Il n’y a nul doute que les soignants sont sensibles à cette action. Enfin, il s’agit de permettre aux soignants de se sentir bien et d’éviter que ne surviennent trop de syndromes d’épuisement professionnel par manque de préoccupation des difficultés de chacun dans une médecine de l’extrême.