Précarité et maladie grave : l’interview du Dr Laure Copel, chef de service de l’unité de soins palliatifs à l’hôpital des Diaconesses à Paris.

En 2020, 130 000 personnes à Paris n’ont pas de domicile réel, et parmi elles, 4 000 dorment chaque nuit dans la rue.

Pourquoi avez-vous mené des travaux de recherche sur les problématiques sociales fragilisant le parcours des patients en situation palliative ?

Certains patients atteints de cancer vivent une situation de précarité sociale entraînant des difficultés majeures dans leur parcours de soins, notamment par rapport au maintien à domicile. Ces personnes se retrouvent dans une situation de double exclusion : exclusion liée à la maladie et exclusion liée à leur précarité sociale.

Expliquez-nous votre méthode de travail.  

En interrogeant 235 patients en situation palliative précoce dans 2 services hospitaliers de l’Est parisien, leur médecin et les soignants, nous avons cherché à déterminer le nombre de patients ne pouvant pas rentrer à domicile pour des raisons sociales et à en comprendre les raisons : quelle est la situation sociale précise de ces patients (perçue ou repérée) ? quels sont leurs besoins en termes de logement, d’aide et de soins ?
Nous avons travaillé d’après l’indicateur de précarité des centres d’examens de santé de l’Assurance maladie (score EPICES qui prend en compte le caractère multifactoriel de la précarité).

Quels sont les résultats de vos travaux de recherche et quelles conclusions peut-on en tirer ?

L’étude pose clairement la question de l’accompagnement social des patients atteints de cancer.
54 % des personnes malades interrogées sont en situation de précarité, et seules 28 % d’entre elles ont rencontré un travailleur social.
Parmi les 13 % estimant que leurs conditions de vie ne leur permettent pas de rester à domicile, 40 % souhaiteraient pourtant continuer à vivre avec leurs proches. Pour ce qui est des médecins et soignants, ils estiment que ce pourcentage de retour à domicile demeure impossible pour des raisons non médicales dans 18 % des cas.
Le nombre conséquent des personnes gravement malades ne pouvant pas rester à domicile en raison de leur situation de précarité constitue un vrai problème sociétal.

Quelle solution innovante pourrait-être apportée à cette problématique ?

Cette étude nous amène à réfléchir à la création de logements adaptés pour des personnes malades en situation de précarité, atteints de cancer. Dans la majorité des cas, ces personnes vivent dans des appartements très petits au 6e étage, sans ascenseur…
Ces appartements accueilleront majoritairement des personnes âgées de moins de 65 ans, les Ehpad pouvant assurer l’accueil et la prise en charge des personnes de plus de 65 ans.